Italian Brainrot : pourquoi ces monstres idiots ont envahi la cour de récré (et le cerveau de nos enfants) Ne serait-ce pas le retour des Pokemons finalement ? Dans l'actu Si votre enfant hurle « CAPUCINA BALLERINAAA» dans le salon avec un accent italien approximatif, désolé, mais non, il ne s’est pas pris de passion pour cette belle langue. Il est sans doute en train de jouer à Steal a Brainrot, LE jeu le plus populaire des 6-14 ans depuis l’été 2025 et disponible sur la plateforme Roblox. 3 min d’attention Publié le 28/05/2026 Par Benjamin Gans Le principe est d’une simplicité re-dou-ta-ble ! Les joueurs arrivent dans une salle virtuelle où un tapis roulant fait défiler des créatures absurdes. Ils en attrapent une, la placent dans leur base, et celle-ci génère de l’argent virtuel. Plus la créature est rare, plus elle rapporte. On peut améliorer sa base, protéger ses monstres… et bien sûr voler ceux des autres. Les enfants collectionnent, comparent, exhibent leurs trouvailles. L’histoire importe peu, d’ailleurs c’est simple, il n’y en a pas, rien, zéro. La rareté suffit. Contrairement aux Pokémon, qui ont été imaginés par un auteur, les « Italian Brainrot » sont des créatures hybrides générées par IA qui sont apparues sous la forme de vidéos virales absurdes, conçues pour retenir l’attention sur TikTok. Un requin en baskets nommé « Tralalero Tralala » est le premier à connaître la célébrité. Dans la foulée, les internautes ont produit des créatures toujours plus grotesques : dromadaire-frigo, grenouille-pneu, danseuse-tasse à café, etc. Le terme « brainrot », popularisé pour décrire l’état mental du scroll infini, est d’ailleurs revendiqué avec une ironie très générationnelle : c’est idiot, donc c’est drôle. C’est surtout l’aspect communautaire de Steal a Brainrot qui a fait parler de lui. Tous les samedis soirs, les joueurs sont invités à participer à l’« admin abuse » (votre fils parle peut-être d’”event”), un moment attendu et frénétique où les créatures les plus rares apparaissent. Tout le monde se connecte pour tenter sa chance et les familles passent en mode « alerte rouge » : on négocie l’heure du dîner, on repousse la douche… Bref le jeu devient une priorité absolue pour les enfants qui ne veulent pas rater la créature dont toute la classe parlera lundi matin. Comme souvent avec les jeux de collection, la vraie partie se joue ensuite à l’école. On compare ses brainrot dans la cour, tandis que les larcins effectués dans le jeu provoquent des disputes… et comme le jeu autorise à voler celles des autres, les petites embrouilles virtuelles qui débordent parfois sur les amitiés bien réelles. Cet aspect communautaire est d’ailleurs très bien exploité par les créateurs du jeu. Ces derniers proposent aux jeunes joueurs de louer des serveurs privés, c’est-à-dire des salles de jeux personnalisées ou l’on peut inviter ses copains pour l’équivalent d’1.69€ par mois. On ne sait pas vraiment combien a gagné cette petite entreprise, mais avec plus de 60 milliards de visites uniques revendiquées, on peut facilement présumer que l’affaire est rentable (on me chuchote 1M€ ici ce n’était qu’en janvier..). Rien de très nouveau au fond : hier, (depuis 1995 même), on se disputait une carte Pokémon brillante, aujourd’hui, c’est un crocodile-cafetière généré par IA. La différence tient surtout au rythme du jeu, qui oblige les enfants à la connexion et les parents à rester vigilants sur la place effective que prend ce jeu dans la vie des plus jeunes.