Comment écrire à l’heure de l’hyperconnexion ?

Les écrivains entre débrouille et outils de déconnexion

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On imagine volontiers une écrivaine à succès ou un auteur débutant unis autour d’un rituel commun : seuls derrière leur table, une tasse de café fumant à la main, ils entament la rédaction de leur prochain chapitre. Leur concentration est impossible à rompre… jusqu’à la notification qui fait vibrer leur téléphone. 

Celles et ceux qui ont fait de l’écriture leur métier n’échappent certainement pas à l’irruption de la technologie dans nos vies, mais auraient-ils développé des techniques qui pourraient nous être utiles ? Plongeons dans le quotidien d’auteurs contemporains pour le découvrir.

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Description
Publié le 28/05/2026
Par Renée Zachariou

Préserver l’espace de l’écriture

« Écrire a toujours été difficile, car c’est une activité avec beaucoup de friction, très demandeuse en énergie mentale », introduit Alexis Bonon, auteur qui signe son troisième roman avec Et la Terre vivra (Éditions Saint Libéral, 2026), et qui tient également la newsletter sur l’écriture Ex Libris. « Il faut s’y mettre, s’y tenir, et il devient vite tentant de faire plutôt autre chose ».

C’est pourquoi les auteurs ont développé des techniques, plus ou moins drastiques, pour s’isoler et préserver leur productivité. On peut citer Georges Simenon, qui s’enfermait dans son bureau chaque matin pour écrire dix pages, ou Victor Hugo qui aurait composé certains chapitres de Notre-Dame de Paris nu pour s’empêcher de quitter la pièce où il travaillait.

Mais les auteurs du passé ont tous un point commun : ils ne connaissaient pas l’ordinateur. « C’est un outil génial pour écrire du texte, mais il condense tous les usages : professionnels, loisirs… c’est dur de se concentrer », déplore Alexis Bonon. Hajar Azell, qui a publié deux romans aux éditions Gallimard, abonde : « Mon problème, ce sont les réseaux sociaux. Déjà parce qu’ils aspirent énormément de temps, ensuite parce qu’à partir du moment où je consulte les notifications, quelque chose se corrompt dans le regard que j’ai sur le monde ».

Retour au crayon ou hybridation ?

« Personnellement, j’ai rendu les armes, je travaille le plus possible à la main », conclut Alexis Bonon. Il écrit tous ses premiers jets sur papier ou sur une machine à écrire mécanique des années 40. Il retape ensuite le texte sur une Freewrite, une machine à écrire électronique aux fonctionnalités volontairement limitées (mais qui peut ensuite être reliée à un ordinateur).
L’auteur de thrillers Clément Sérack écrit bien sur ordinateur. Il s’astreint cependant à une discipline précise lorsqu’il rédige : téléphone dans une autre pièce, pas de musique, pas de consultation d’internet. Hajar Azell dépose aussi son téléphone dans une boîte, afin de ne pas « le sortir comme un troisième bras ».

Entre le tout-ordinateur et le hors-ligne, il existe des nuances intermédiaires, qui mobilisent le numérique pour se relier à l’autre – pour se concentrer, et non pas se distraire. Ketty Steward, psychologue et autrice de science-fiction (son dernier roman en date, La Meilleure version de toi, sera publié aux éditions Goater en mai 2026), évoque les séances qu’elle fait parfois en binôme avec l’autrice Bénédicte Coudière. « On se connecte en visio sur Discord, on se raconte sur quoi on veut travailler et on met des timers à 20/25 minutes. Puis on se dit si ça a été et on recommence ».

Quand il faut repasser derrière l’ordinateur, des logiciels spécialisés peuvent s’avérer pertinents : Cold Turkey Writer (application qui bloque totalement l’usage de l’ordinateur tant qu’un certain nombre de minutes ou mots écrits n’a pas été atteint), StayFree (plugin qui configure un horaire précis d’accès à certains sites et applications), Scrivener (traitement de texte pensé spécifiquement pour l’écriture de textes longs).
Attention cependant à la recherche de l’outil parfait pour se concentrer, qui n’existe vraisemblablement pas – et c’est tant mieux. Ketty Steward utilise la tablette Remarkable, qui permet de prendre des notes à la main, qui sont éventuellement ensuite numérisées. « Remarkable remplace en partie les feuilles de papier et les carnets sur lesquels je notais mes idées et rédigeais mes textes. Toutes les étapes papier se faisaient déjà en déconnecté et j’apprécie de pouvoir garder cela avec un outil technologique qui propose des modèles différents, des systèmes de classement efficace », indique-t-elle. Pourtant, la retranscription automatique échoue souvent, ce qui pousse l’autrice à copier les textes « à la main » ou à la voix sur l’ordinateur : « ça reste une étape de retravail, comme avant ».