Des reading parties aux bookclubs, la lecture impose son cool Dans l'actu Si c’est assez bien pour Dua Lipa… c’est assez bien pour nous. Depuis quelque temps, les bookclubs deviennent tendance et fleurissent un peu partout. Smart is the new cool ? 3 min d’attention Publié le 28/05/2026 Par Elsa Ferreira « Venez on lit ? » En janvier 2025, Maxime Biaggi, créateur populaire au quasi un million d’abonnés lance un appel à ses followers : en 2025, ils se remettraient ensemble à lire. En quelques secondes, il met en lumière un sentiment partagé par beaucoup : nous avons oublié le plaisir de lire, et s’y remettre n’est pas facile. @maximebiaggi Manifestez vous les lecteurs là on va lire un peu ♬ son original – Maxime Un an plus tard, difficile de retrouver la trace de ses bookclubs – soit ceux-ci sont ultra confidentiels, soit Maxime Biaggi est passé à autre chose. Mais la tendance des clubs de lecture, elle, continue. En 2023, c’est la popstar Dua Lipa qui mettait un énorme coup de projecteur sur le potentiel cool de la lecture. Elle lançait alors Service95 Bookclub, une plateforme de recommandation de lecture. Une fois par mois, Dua Lipa y partage ses lectures et organise des discussions avec les auteur·ices des ouvrages qu’elle met au programme. En février 2026, la chanteuse amenait son bookclub à Paris avec une soirée inédite. Au programme : échange de livres et céramiques. Preuve de sa position influente dans le monde de la littérature, Dua Lipa sera la curatrice du London Littérature Festival, en octobre prochain. Star toujours, en décembre dernier Lena Situation organisait un bookclub autour de La Femme de ménage, à l’occasion de son adaptation au cinéma. Là encore, un signal fort lancé à la jeunesse. Lire, c’est cool. Ensemble, c’est encore mieux. Des jeunes 10 fois plus devant les écrans que sur un livre La tendance est d’autant plus réjouissante qu’elle est assez contre-intuitive. Selon une étude du conseil national du livre (CNL) publiée en avril 2026, si 81% des jeunes lisent pour le plaisir, ce loisir décroît avec l’âge, notamment chez les garçons. Entre 16 et 19 ans, ils ne sont plus que 56% à lire pour le plaisir, contre 91% des 7 à 12 ans. Un tiers des 16-19 ne lit pas du tout. Le conseil national du livre s’intéresse aux habitudes de lecture et remarque que l’activité est fragmentée : 67% des 16-19 ans font autre chose pendant qu’ils lisent (contre 21% pour les 7-9 ans). Les écrans sont bien sûr directement en cause dans cette compétition pour l’attention puisque les jeunes passent 10 fois plus de temps sur leurs écrans que devant les pages d’un livre (18 minutes par jours sont consacrées à la lecture contre 3h01 aux écrans et jusqu’à plus de 5h pour les 16-19 ans, observe le CNL). A noter que les adultes sont de moins en moins des exemples de lecture pour les plus jeunes puisque 18% des jeunes déclarent que leurs parents ne lisent pas de livres eux-mêmes (surtout leur père), quand ils n’étaient que 7% à l’affirmer en 2016. La lecture comme prétexte de sociabilisation L’appétit vient en mangeant. Alexandre Aflalo avait oublié son amour de la lecture jusqu’à ce que la fin d’un gros contrat – il est journaliste pigiste spécialisé en sport – lui permette de retrouver du temps. Chaque semaine, il prend son bouquin et se rend aux Tomettes, un café de son quartier. Pour ses 30 ans, les amis du journaliste célèbrent sa passion retrouvée et lui offrent 30 livres. Le journaliste décide d’en faire une série sur les médias sociaux et de partager ses avancées et ses avis. Il tourne ses vidéos aux Tomettes. Très vite, avec la patronne du lieu, elle aussi férue de lecture et connectée au monde de l’édition, ils décident d’organiser des bookclubs mensuels. Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par aflalit (@afla_lit) Le premier a eu lieu en février et a réuni une vingtaine de personnes – en grande majorité des femmes, comme son auditoire sur les réseaux. Beaucoup sont jeunes – moins de 35 ans pour la plupart. « Les gens aiment lire et parler de ce qu’ils ont lu mais n’ont pas forcément dans leur entourage immédiat des gens avec qui en parler », explique Alexandre de cet engouement. Le livre devient aussi un prétexte de sociabilisation et ouvre sur d’autres conversations. « Parfois, on arrive à une table et ils sont en train de parler de cinéma. » Le journaliste espère ouvrir des espaces de lecture en dehors du bookclub : « j’adorerais dire aux gens : venez à cette heure aux Tomettes pour lire ensemble ». Une reading parties en sommeDésormais, les reading parties et bookclubs s’étendent même sur des weekends. , événement où les lecteur·rices se retrouvent pour s’adonner en collectif à une activité habituellement solitaire. Là encore, le format a le vent en poupe : en 2023, le New York Times réalisait un reportage, boostant le phénomène dans de nombreux pays occidentaux. Désormais, les reading parties et bookclubs s’étendent même sur des weekends. Une reading parties à l’Opéra Bastille : @editionspoints 📚 Retour sur la première Reading Party géante à l’Opéra national de Paris. 🗣️ Une expérience hors du commun partagée par plus de 250 lecteur.ices : une heure de lecture autour d’une sélection d’ouvrages offerts par Points suivi d’un temps d’échange ! 📍Dans le magnifique foyer panoramique de l’Opéra Bastille 🤝Un évènement en collaboration avec @The Offline Club 💌Vous êtes prêt.es pour une nouvelle édition ? #operadeparis #ReadingParty #OperaBastille ♬ Amélie – Andrea Vanzo Sur les réseaux, smart is cool Et si écrans et lecture n’étaient pas si incompatibles ? « Pendant des années, dans la culture pop et sur les réseaux sociaux, on a glorifié le vide, analyse Alexandre Aflalo. Il fallait avoir une certaine apparence, être stylé, il y a eu cette DA du paraître. J’ai l’impression qu’il y a un mouvement, pas forcément massif mais notable, d’un retour sur le devant de la scène des qualités intellectuelles. » L’algorithme semble favoriser ce genre de contenus. Au-delà du succès toujours grandissant du BookTok, cette section de TikTok dédiée aux livres aux 77 millions de publications, de nombreux·ses créateur·rices s’étonnent de voir un succès rapide de leur contenu un brin intello. A l’ère où le slop et le lookmaxxing envahissent le web, se montrer malin sera-t-il le nouveau cool ? Voir cette publication sur Instagram Une publication partagée par nabeelah (@diaryof.orchid)